souffrance au travail : Sud tire la sonnette d’alarme !

entretien avec le Président du Conseil Géhéral le 10 janvier 2013

 

 

 

 

Depuis la NOUVOS, le syndicat SUD est de plus en plus sollicité pour des demandes d’écoute et/ou d’intervention d’équipes ou d’agents confrontés à des situations de travail devenues insupportables. Ces situations de mal-être, voire de souffrance au travail sont multiformes et d’origines diverses. Mais elles touchent la plupart des services, toutes les catégories d’agents (dont bon nombre de cadres, ce qui est relativement nouveau) et tous les niveaux de la hiérarchie, à l’exception des DG et DGA (ou bien ils ne se confient pas à SUD…). De plus, plusieurs témoignages sont suffisamment alarmants pour que le syndicat SUD ait demandé au Président, un rendez-vous spécifique sur ce sujet.

Le syndicat SUD a donc été reçu par M. Tourenne, Mme Huon et Mme Quinaut le 10 janvier dernier, avec pour objectifs : faire partager notre analyse à notre employeur, voir jusqu’à quel point il était au courant que la collectivité qu’il dirige va mal, et l’informer que la prise en charge de cette problématique serait la priorité de SUD avant qu’un drame n’intervienne dans les services.

tract

"Souffrez qu’on en parle"

Dès juin 2010, SUD, conscient de l’ampleur que prenaient les phénomènes de souffrance au travail dans les services départementaux a organisé une première conférence, en s’appuyant sur l’expertise du Docteur MARESCAUX, médecin inspecteur du travail…

Nous percevions déjà, qu’en parallèle à la réorganisation des services, s’instaurait un nouveau modèle de management, imposé à tous, à coup de formations obligatoires pour les cadres. SUD a d’ailleurs organisé une conférence le 5 octobre 2012 ("Le management et la démarche qualité") qui démontre comment la démarche qualité peut être un outil pervers qui va à l’encontre du service public et de ses agents, à coup d’évaluation permanente, de rationalité schizophrène, de productivité accrue, etc.

La mise en place des agences s’est parfois accompagnée de la création de nouvelles strates hiérarchiques et fonctionnelles, avec des rouages mal huilés qui ont considérablement complexifié les circuits d’information et de décision. Peu à peu, les procédures prennent le pas sur les objectifs et le sens du travail.

Tout cela amène non pas à une harmonisation des pratiques et une équité de traitement des agents mais à une standardisation du travail, indépendamment de sa nature.

Qualité de service, relation à l’usager, bonnes pratiques... cheval de troie de la casse du collectif et des métiers

Le S.O. (Service Organisation dans le jargon administratif, finalement peu éloigné du Service d’Ordre des syndicats) veille à ce que rien ne dépasse. On voit fleurir les études organisationnelles, parfois même réclamées naïvement par les services eux-mêmes, mesurant soi-disant objectivement l’activité à coup de chronométrages et de décorticages de l’activité. On traque la « sur-qualité », « car la tentation juste de faire toujours mieux peut vite générer du plus » comme l’a indiqué un DGA dans les vœux adressés aux agents de son service.

 

 
« Rentabilité, chronométrage... Vous nous parlez d’une maison que je ne connais pas. » Mme Huon
... On se connaît ?

 

 

 

Si le secteur sanitaire et social est particulièrement impacté, notamment dans les CDAS, ce n’est pas le seul. Les réorganisations qui se succèdent suite à l’abandon de certaines missions ou « réduction de la voilure » liée aux fameuses contraintes budgétaires ne permettent pas de sécuriser les personnels. Et même si les relations avec la hiérarchie directe ne sont heureusement pas toujours détériorées, c’est tout un système managérial qui est maltraitant à tous les niveaux, génère de la souffrance et commence à nous faire craindre le pire pour certains de nos collègues. Et, dans le même temps, le service de médecine de prévention se vide (3 à 1 médecin en quelques mois...). Les collectivités territoriales commencent à être touchés par des suicides au travail (2 dans le Pas-de-Calais reconnus comme accident de service au printemps dernier, un tout récemment dans les Landes, 1 au conseil régional d’Ile-de-France, par exemple).

Côté employeur

Il serait injuste de dire que nous n’avons pas été écoutés. Nos trois interlocuteurs ont affirmé qu’il n’y avait aucune volonté d’instaurer un « management par la peur » et que le bien-être au travail des agents était une véritable préoccupation. En témoigneraient les formations mises en place sur les Risques Psycho-Sociaux et l’enquête « bien-être au travail » en cours d’analyse.

Pour le reste :

  • Le Président se retranche derrière le contexte budgétaire qui ne lui permet pas de faire tout ce qu’il aimerait, bien qu’il ait gardé ses idéaux ;
  • La Directrice Générale perçoit bien l’accroissement des situations de mal-être au travail mais ne voit pas en quoi le système managérial pourrait en être responsable. Elle concède que parmi les "150 cadres encadrants et, dans la masse, les directives ne sont pas appliquées comme on voudrait". Elle nous renvoie à une étude fine des résultats de l’enquête (66% de réponses, ce qui n’est pas négligeable, même si sur le sujet, on pouvait espérer entre 70 et 80%), notamment pour essayer de mesurer l’impact des réorganisations successives.

 

 

Organisation pyramidale où le seul pouvoir qui est laissé aux chefs de service, c’est de rentrer dans leurs objectifs... si nécessaire avec un chausse-pied !

 

 

 

 

Pour SUD, il y a urgence à aller plus loin

En 2004, dans un tract « La vie en rose ? » saluant l’arrivée au pouvoir de l’actuelle majorité après 156 ans de règne de la droite, nous demandions des « signes forts » au Président.

9 ans après, nous les attendons toujours sur un certain nombre de domaines, en particulier dans la gestion des ressources humaines, parmi lesquels on pourrait citer :

  • en matière d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail :
    • le respect des agents en ne contestant pas systématiquement leurs alertes et droits de retrait et la non-banalisation des situations par la direction de l’ESSAT ;
    • le respect des textes en répondant aux obligations d’enquêtes de prévention paritaires (...avec les élus du personnel) et à nos demandes de CHSCT extraordinaire (comme au CDAS de Thorigné) ;
    • le respect de nos élus en CHS-CT, y compris quand ils sont impliqués en tant que professionnels dans les incidents déclarés.
    • le respect par les chefs de service des aménagements de postes justifiés par un certificat médical, qu’ils interviennent ou non dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique, sans que les agents aient à justifier la nature de leur problème de santé.
  • une réponse favorable aux demandes d’accompagnement faites par les agents lorsqu’ils sont convoqués par leur hiérarchie à des entretiens parfois aux frontières du disciplinaire et qui génèrent de l’angoisse.
  • l’arrêt du démantèlement de la DRH qui doit être en position d’arbitrage final sur les affectations de personnel dans les services.
  • un véritable bilan de la réorganisation des services.

Oui, la qualité de vie au travail est liée à la qualité du travail fait... Parce qu’elle est empêchée aujourd’hui, les agents souffrent !

SUD les soutient dans leur résistance pour continuer à donner du sens à leurs missions au service du public.